L’art, comme donné à voir, ouvre à toutes les interprétations ; il n’a pas de sens absolu.
Des cheminements sont offerts à la conscience et à l’imaginaire par le biais du travail des artistes, grands témoins de notre temps.
L’actualité ne possède pas, non plus, un sens immuable et unique. Elle est interprétable et son analyse est en continuelle gestation. Elle inspire, ici, à un sculpteur qui a choisi de vivre en campagne, une composition en triptyque sur les relations de l’homme à l’ordre naturel.
Le spectacle du monde, relayé par les médias, entre en corrélation avec celui de son environnement quotidien.
Bien qu’il soit plus difficile aux urbains de penser la campagne comme le centre du monde, il s’y joue pourtant l’avenir de l’humanité…[…] …le retournement de situation sous-tend que le rire recouvre quelque chose de la distance que nous avons vis-à-vis de la condition humaine. Le monde nous échappe parfois, nous sommes faillibles. Cette forme plaisante d’interpellation comporte, ici, des allusions plus sombres et des références à un passé agricole encore proche de nous.
La faux, en effet, est, encore aujourd’hui, porteuse d’une symbolique liée à la mort. La Peste noire (1348) et ses épidémies récurrentes font apparaître, en Europe, des représentations de danses macabres où la mort danse avec les vivants. En Italie émerge l’image de la faucheuse, la mort représentée avec sa faux, coupant la sève de la vie.
L’outil et le geste imprègnent la culture dans la longue durée. Rien d’étonnant alors que cette matière technique poursuive sa puissance de représentation jusque dans les œuvres contemporaines. Pourtant reléguée, en France, dans le passé de l’agriculture conservé en couleur sépia dans les musées, la figure du faucheur a surgi ces dernières années dans l’actualité. Héros pour certains, symbole de l’archaïsme pour d’autres, le faucheur est au centre des polémiques concernant le développement de la mise en culture du maïs transgénique. […]
Les « faucheurs fauchés » sont porteurs de ces interrogations, au centre de l’univers qu’ils ont tout à la fois recréé et dont ils sont issus, entre machine et végétal industriel. Ils expriment toute la complexité de l’homme occidental moderne qui souhaite améliorer sa condition et en redoute les effets. Christian Guillemin en livrant ce travail à notre réflexion fait œuvre d’anthropologue et interroge notre culture. Le « maïs épicentre » sculpture monumentale, en bois, de 4 mètres est-il le Veau d’or que nous adorons et craignons aujourd’hui ? L’art transcrit, ici, une fiction dont chaque visiteur pourra en continuer le récit. Qu’est-ce qu’un faucheur fauché ? Au sein de l’installation de C.Guillemin, le groupe des faucheurs fauchés est placé de façon centrale entre la machine et un champ de maïs.
Ces hommes de métal face au maïs composite (matériaux naturels et tiges métalliques) et à une moissonneuse batteuse des années 1980, par leurs postures figées, interrogent le monde en mouvement continuel, brassant quotidiennement une actualité dense. Cette représentation immobile, baignée de la culture industrielle qui est aujourd’hui la notre, impose une tension dramatique, un suspens. Que se passe-t-il aujourd’hui et ensuite ?
Quels sont les tenants et les aboutissants de cette histoire ? En France, la première batteuse mobile a été construite (1866) par Célestin Gérard. Les premières moissonneuses-batteuses se sont développées, en Europe, à partir de 1908. Elles étaient tirées par un tracteur et actionnées par la prise de force. Les machines actuelles sont automotrices. La puissance de ces engins s’est accrue, passant de 100 ou 180 chevaux en 1980 à une puissance comprise entre 200 et 580 chevaux. La taille des exploitations, la recherche obligée et continuelle de rentabilité dans une économie de croissance sont à l’origine de cette évolution des matériels. La société a-t-elle réellement pris la mesure de ces évolutions ?
L’opinion publique s’interroge sur l’agriculture en cas de problèmes majeurs d’épizootie ou d’intoxication alimentaire. En effet, la sectorisation de l’économie a séparé les hommes des champs de ceux des villes. Le déploiement de l’information et de la communication venant à chacun à flux continu occulte la lisibilité des événements.
Qu’est-il important de comprendre et de retenir dans le cours des choses ? Les premiers résultats des recherches sur des cultures OGM de plans de tabac remontent à 1973. Qui s’en souciait à cette époque ?
Christian Guillemin en livrant ce travail à notre réflexion fait œuvre d’anthropologue et interroge notre culture.
Le « maïs épicentre » sculpture monumentale, en bois (4 mètres) est-il le Veau d’or que nous adorons et craignons aujourd’hui ?
D'après un texte d'Evelyne Wander, directrice de l'Ecomusée du Perche
Des cheminements sont offerts à la conscience et à l’imaginaire par le biais du travail des artistes, grands témoins de notre temps.
L’actualité ne possède pas, non plus, un sens immuable et unique. Elle est interprétable et son analyse est en continuelle gestation. Elle inspire, ici, à un sculpteur qui a choisi de vivre en campagne, une composition en triptyque sur les relations de l’homme à l’ordre naturel.
Le spectacle du monde, relayé par les médias, entre en corrélation avec celui de son environnement quotidien.
Bien qu’il soit plus difficile aux urbains de penser la campagne comme le centre du monde, il s’y joue pourtant l’avenir de l’humanité…[…] …le retournement de situation sous-tend que le rire recouvre quelque chose de la distance que nous avons vis-à-vis de la condition humaine. Le monde nous échappe parfois, nous sommes faillibles. Cette forme plaisante d’interpellation comporte, ici, des allusions plus sombres et des références à un passé agricole encore proche de nous.
La faux, en effet, est, encore aujourd’hui, porteuse d’une symbolique liée à la mort. La Peste noire (1348) et ses épidémies récurrentes font apparaître, en Europe, des représentations de danses macabres où la mort danse avec les vivants. En Italie émerge l’image de la faucheuse, la mort représentée avec sa faux, coupant la sève de la vie.
L’outil et le geste imprègnent la culture dans la longue durée. Rien d’étonnant alors que cette matière technique poursuive sa puissance de représentation jusque dans les œuvres contemporaines. Pourtant reléguée, en France, dans le passé de l’agriculture conservé en couleur sépia dans les musées, la figure du faucheur a surgi ces dernières années dans l’actualité. Héros pour certains, symbole de l’archaïsme pour d’autres, le faucheur est au centre des polémiques concernant le développement de la mise en culture du maïs transgénique. […]
Les « faucheurs fauchés » sont porteurs de ces interrogations, au centre de l’univers qu’ils ont tout à la fois recréé et dont ils sont issus, entre machine et végétal industriel. Ils expriment toute la complexité de l’homme occidental moderne qui souhaite améliorer sa condition et en redoute les effets. Christian Guillemin en livrant ce travail à notre réflexion fait œuvre d’anthropologue et interroge notre culture. Le « maïs épicentre » sculpture monumentale, en bois, de 4 mètres est-il le Veau d’or que nous adorons et craignons aujourd’hui ? L’art transcrit, ici, une fiction dont chaque visiteur pourra en continuer le récit. Qu’est-ce qu’un faucheur fauché ? Au sein de l’installation de C.Guillemin, le groupe des faucheurs fauchés est placé de façon centrale entre la machine et un champ de maïs.
Ces hommes de métal face au maïs composite (matériaux naturels et tiges métalliques) et à une moissonneuse batteuse des années 1980, par leurs postures figées, interrogent le monde en mouvement continuel, brassant quotidiennement une actualité dense. Cette représentation immobile, baignée de la culture industrielle qui est aujourd’hui la notre, impose une tension dramatique, un suspens. Que se passe-t-il aujourd’hui et ensuite ?
Quels sont les tenants et les aboutissants de cette histoire ? En France, la première batteuse mobile a été construite (1866) par Célestin Gérard. Les premières moissonneuses-batteuses se sont développées, en Europe, à partir de 1908. Elles étaient tirées par un tracteur et actionnées par la prise de force. Les machines actuelles sont automotrices. La puissance de ces engins s’est accrue, passant de 100 ou 180 chevaux en 1980 à une puissance comprise entre 200 et 580 chevaux. La taille des exploitations, la recherche obligée et continuelle de rentabilité dans une économie de croissance sont à l’origine de cette évolution des matériels. La société a-t-elle réellement pris la mesure de ces évolutions ?
L’opinion publique s’interroge sur l’agriculture en cas de problèmes majeurs d’épizootie ou d’intoxication alimentaire. En effet, la sectorisation de l’économie a séparé les hommes des champs de ceux des villes. Le déploiement de l’information et de la communication venant à chacun à flux continu occulte la lisibilité des événements.
Qu’est-il important de comprendre et de retenir dans le cours des choses ? Les premiers résultats des recherches sur des cultures OGM de plans de tabac remontent à 1973. Qui s’en souciait à cette époque ?
Christian Guillemin en livrant ce travail à notre réflexion fait œuvre d’anthropologue et interroge notre culture.
Le « maïs épicentre » sculpture monumentale, en bois (4 mètres) est-il le Veau d’or que nous adorons et craignons aujourd’hui ?
D'après un texte d'Evelyne Wander, directrice de l'Ecomusée du Perche